UN AMOUR COTON...
« Je t’aime vraiment tu sais »…
Oui, cet Amour là doit être unique. Nous sommes seuls au monde, dans cette forêt, cette extraordinaire forêt où les racines des arbres sont tournées vers le ciel et le ciel, CE ciel… du vrai coton.
Elle sait tant y faire, courant à travers les fougères, plongeant sous la cascade puis s’envolant en rasant les cimes de ces platanes centenaires.
« Je t’aime vraiment tu sais »…
Toute la beauté du monde réside en cet endroit: plus de jour, plus de nuit, nous vivons, nous nous aimons, sans répit, simplement.
Un seul bémol: tous les jours à la même heure, ce drôle de type en blanc. On dirait que ça l’amuse de me soulever les paupières, de me braquer sa lampe, un coup à droite, un coup à gauche puis… nous laisser tranquille jusqu’au lendemain.
Cet endroit est une merveille, un paradis des dieux. Le temps n’y a pas suspendu son vol: le temps n’y existe pas.
Je le crois maintenant: j’ai bien tué le temps.
Plus de passé, plus de futur; il ne me reste plus que le présent, un nouveau présent, un présent tout blanc.
C’en est fini de mes souvenirs, j’ai tout laissé derrière, pour oublier un instant, oublier tous ces instants et même ce soi-disant futur qui s’obstinait, jour après jour, à vouloir ressembler à tous ces jours sans lendemain.
Les sens s’emmêlent, les couleurs se fondent, le blanc est maître des lieux et j’ai l’Amour pour espérer, pour espérer jusqu’à ce fameux jour où ces racines deviendront lianes puis ces lianes tubulures.
Jusqu’à ce jour où cet arbre millénaire deviendra simplement pied à perfusion.
Jusqu’à ce jour où cette neige immaculée, ce blanc éblouissant sur notre forêt enneigée se réduira en une banale paire de draps blancs, en une simple salle de réanimation.
Jusqu’à ce jour où mon « Je t’aime vraiment tu sais » croisera ces doux yeux écarquillés d’infirmière étonnée.
C’était risiblement en automne que je suis tombé de l’arbre. Mais je n’ai jamais réellement touché le sol, enfin… pas encore.
Alors je reste là, dans ce refuge aseptisé avec ma Belle Princesse et sa forêt enchantée.
Deux semaines déjà, deux semaines de bonheur, de ballades, de baignades, d’Amour démesuré.
Je sais qu’il va falloir revenir de ce côté-ci en regagnant d’un pas silencieux l‘orée de cette forêt. Je sais qu’ils veulent me ranimer, me ramener auprès d’eux.
Mais laissez-moi douter de cette réalité, douter du bon choix de la clairière.
Mais laissez-moi douter du bon sens de cette vie et de ma motivation à suivre ce chemin imposé.
Nous ne savons pas, voilà une certitude.
Je ne sais plus, voilà mon présent.