Enculé ! Enculé !
J’étais sous le charme, tout simplement. Ses premiers mots promettaient: « Enchantée de faire votre connaissance, Krish c’est bien ça ? Enculé ! Enculé !»
Surpris puis intrigué, j’acquiesçais: Krish était bien mon nom et pour le reste, pas encore…
Elle ne se grattait pas le nez, rotait qu’en extrême urgence, et pour … en tout cas ça ne sentait pas. Mais question mots orduriers, c’était une reine !
« C’est la Tourette mon Krish, une enculée! Enculée! de maladie. La coprolalie, je te dis, la coprolalie… »
Nos sorties nocturnes relevaient du parcours du combattant: la plupart des gros costauds ne supportaient pas le langage peu châtié de la Belle et sous un facétieux prétexte suivant lequel "ils ne frapperaient jamais une dame", c’est votre bon Krish qui devait en assumer toute la responsabilité.
Les urgences de nuit clôturaient trop souvent nos fins de soirée.
J’en pris pourtant mon parti: la princesse Arletty avait un je ne sais quoi de troublant, une"drôle d’atmosphère, d’atmosphère" planait autour de ce personnage.
Mais un certain « Enculé ! Enculé ! » fut de trop ce fameux soir au relais des routiers.
En entrée, toujours la même histoire, tout comme le plat du jour mais, cette fois, avec un noyau de cerise sur le gâteau pour le dessert: THE camionneur, THE BIG déménageur OF service :
Un dialogue en trois temps: le strict minimum mais… efficace:
Elle:« enculé! enculé! »
Mr T:« C’est à moi que vous causez ma ‘tite dame ? »
Elle:« Mais non… enculé ! enculé ! »
Bien sûr, je m’interpose et… Ah! L’enculé ! Deux jours d’hosto pour un simple malentendu. C’en était trop. Alors nous avons migré vers Marseille, la région se prêtait mieux au problème. Un ou deux " enculés ", le mot comme le nombre importait peu.
Le bonheur y fut… au rendez-vous, comme le mariage fort réussi avec un double consentement agrémenté d’un « oui… enculé ! ». Mr le curé était pour nous aux petits oignons et nous servit un doux « je vous unis par la grâce du Père, p’tits merdeux ! ».
L’histoire fut belle et l’union donna naissance à deux amours: un ‘tit enculé et une ‘tite merdeuse.
Et même si cette E… enfin cette La Tourette est entrée dans sa vie, nous le savons, nous, ses trois Amours, que son « Je vous aime plus que tout… enculé(s) ! Enculé(s) ! » est le plus émouvant des cris d’Amour.
Gros ou beaux, les mots sont là pour nous émouvoir.
Un « je t’aime mon Amour » peut-être vulgaire si la tromperie s’en mêle.
Un « T’es choucard p’tit merdeux » peut vous faire vaciller si l’œil malicieux devient enchanteur.
Moi, j’en ai pris mon parti: l’Amour est là alors, pour les mécontents, tiens: « bande d’enculés ! »
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