SEX, DRUGS AND RABBITS...
Pelle en main, je l’attendais. Fatalement il devait sortir et je serai là, prêt pour lui asséner le coup de grâce. Me libérer, en finir une fois pour toute, voir le bout du tunnel, dormir, enfin dormir...
Me réveiller tout en douceur, oublier ces cauchemars, ces moments de panique, ces harcèlements nocturnes, l’oublier lui et sa famille trop nombreuse....
Krishmer n’en pouvait plus:« le lapin sera civet ! »
Mon potager était devenu un vrai champs de bataille. Non pas que ce gibier là venait se servir impunément pour se bâfrer de mes meilleures carottes: il n’était pas végétarien. Il retournait tout simplement mon jardin pour y planter quelques substances hallucinogènes bien évidemment totalement
illicites. J’avais hérité de Bunnies-cool !
Encore quelques instants et il devrait jaillir, oreilles dressées, pour me balancer son célèbre: « Eh ! Quoi d’neuf Krishmer ? » Et je serai là, prêt à l’écraser comme une crêpe au lièvre gascon, une terrine de chinchilla de Bosnie…
Et le coup de pelle, je l’ai reçu, un vrai coup de foudre même: elle apparut, des oreilles belles comme seules les lapines angora peuvent avoir, des yeux de jade, un pelage d’une blancheur immaculée, et des pattes, des pattes ( quatre en plus…) quatre pattes longues et à en tomber sur le croupion. Et l’autre, carotte en bouche, qui grignotait en marmonnant: « Pas mal hein ? C’est mon aînée, Bunnyjane, alors quoi d’neuf Krishmer ? »
Quoi d’neuf, quoi d’neuf, je venais de tomber sous le charme d’une jeune lapine, fille d’un autre lapin que je voulais absolument voir finir dans mon assiette… Dilemme !
Je passerai sur les détails, suis pas là pour en faire tout un pâté… ni un civet.
Elle finit par s’installer chez moi. Notre union n’entrait pas dans le cadre d’un PACS, le droit à la différence était une nouvelle fois bafoué.
Elle s’était fait son terrier très vite: ambiance cosy avec des coussins angora par dizaines, agrémentés de pompons, des « culs de lièvre » comme j’aimais les appeler pour la taquiner.
Ses occupations de lapine d’ intérieure se limitaient au minimum syndical. Rivée devant
la télé, assise sur une carapace de tortue, elle visionnait et revisionnait ses films préférés: Alice aux pays des merveilles, Bambi, toute la série des Tex Avery, des toon’s de la Warner Bros… Elle s’octroyait de temps en temps une mini pause pour aller jeter quelques fléchettes sur une cible à l’effigie de Maïté avec un disque de Chantal Goya en fond sonore.
Mais son inertie apparente disparaissait lorsque le soir tombait et je peux enfin vous le confirmer: la réputation d’extraordinaires reproducteurs chez les lapins n’était vraiment pas volée ! L’Acte en soi était un devoir: chez les Bunnies-cool, celui qui n’est pas à la hauteur, n’est pas digne d’entrer dans la famille.
Tous les stratagèmes étaient bons pour vérifier l’aptitude physique de votre pauvre Krishmer et ce n’est qu’au bout de quelques jours que je découvris un minuscule trou placé là, juste en dessous de notre lit conjugal.
Ses parents avaient poussé le vice jusqu’à creuser une galerie pour comptabiliser le nombre d’ ébats réalisés et je fus bien sûr… recalé.
L’ Histoire ne dura donc qu’une saison: ma faible motivation lors de nos rapports ne faisait guère bon ménage avec la folle gourmandise de notre princesse. Il faut dire que huit à dix parties de pattes en l’air par soirée, ne suffisaient pas à rassasier son appétit féroce. Et une chose était indéniable: je n’étais pas à la hauteur…
Elle me quitta donc par un beau matin de décembre, queue et oreilles en berne mais démarche toujours chaloupée.
Elle retourna chez ses parents me laissant seul avec mes doutes, mes incertitudes: je n’étais décidemment pas un chaud lapin, maman avait raison.
J’ai du reprendre ma pelle quelques jours plus tard. Elle n’était pas destinée à ex-beau-papa, même si, je ne peux le cacher, l’envie ne manquait pas. Non, si j’ai du la ressortir, c’était pour une tout autre raison… une raison légèrement plus pénale.
Les représentants de l’ordre étaient là depuis quelques minutes, prêts à me passer leurs
menottes aux poignets.
L’odeur de marijuana qui se dégageait du terrier de Bunnyjane avait fini par arriver jusqu’à leurs narines.
Ils m’obligèrent à retourner tout mon terrain avec le futile espoir d’y découvrir un laboratoire clandestin. J’ai bien cru un moment que les carottes étaient cuites…
Ce n’est qu’au coucher du soleil que mon innocence fut reconnue après de multiples palabres entre les différents belligérants de l’histoire.
Je n’ai depuis plus eu de nouvelles des Bunnies-cool.
Il paraîtrait qu’un des policiers se serait amouraché de notre belle Bunnyjane et que toute la famille aurait suivi le panier à salade des bœufs-carottes.
Vous me direz qu’après une telle aventure rien n’est impossible et qu’un couple aussi mal assorti qu’un poulet et une lapine pourrait très bien fonctionner…
J’ai retrouvé le sommeil depuis et je vous avouerai bien que la marijuana laissée sur place y est certainement pour quelque chose…
Aller… Peace and love, enfin… ça va venir, je le sais.
